Amélie Patry
Dans sa pratique de la céramique, Amélie Patry entretient un lien physique et sensible avec le paysage, faisant corps avec lui pour y puiser ses matières premières. Empruntant des chemins noirs dans les territoires ligériens et montagneux proches de son atelier en bords de Loire, elle récolte argiles, roches et végétaux au fil des saisons.
Elle donne forme à ses objets comme d’autres le faisaient en des temps anciens, engageant le mouvement du corps entier dans une chaîne de gestes inchangée depuis le néolithique: creuser, porter, transporter, casser, broyer, tamiser, pétrir, modeler. Le souffle, les aspérités, la fusion et la sueur participent d’une démarche empirique où il s’agit d’accompagner la matière sans la dénaturer, d’aller en son sens, en son mouvement.
Consciente de travailler des matières géologiques plus anciennes que la vie elle-même, elle tente de faire réémerger de ses argiles glanées des terres entières, et avec elles la longue histoire qui les a drainées. Chaque objet modelé constitue ainsi une petite géographie intime, encapsulant en son corps de multiples territoires figés par le feu. Témoins de lieux arpentés, ses pièces semblent ressortir de terre, burinées par le temps, évocations de vieux corps fossiles faussant l’échelle du temps.